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Acheter son premier logement est souvent présenté comme une étape heureuse.
Et elle l'est.
Mais avant la remise des clés, il y a aussi les questions.
Combien puis-je réellement emprunter ?
Mon apport est-il suffisant ?
Ai-je droit au prêt à taux zéro ?
Dois-je privilégier le centre-ville, Terre Sainte, Bassin Plat ou Grand Bois ?
Et surtout : comment savoir si je prends la bonne décision ?
Un premier achat engage votre budget pour plusieurs années. Il ne doit donc pas reposer uniquement sur un coup de cœur, une mensualité séduisante ou la peur de laisser passer une occasion.
Il se prépare. Il se comprend. Il se sécurise.
L'objectif de ce guide est de vous donner des repères concrets pour construire votre projet à Saint-Pierre avec davantage de clarté.
Dans le langage courant, un primo-accédant est une personne qui achète sa résidence principale pour la première fois.
Pour bénéficier de certaines aides, la définition est un peu plus précise : vous êtes généralement considéré comme primo-accédant si vous n'avez pas été propriétaire de votre résidence principale au cours des deux années précédant votre demande.
Cela signifie qu'une personne ayant déjà été propriétaire, puis locataire pendant au moins deux ans, peut parfois retrouver ce statut.
Des exceptions existent également dans certaines situations particulières, notamment liées au handicap ou à une catastrophe ayant rendu le précédent logement définitivement inhabitable. L'ANIL détaille les conditions applicables au PTZ.
Le statut de primo-accédant ne garantit pas automatiquement l'obtention d'une aide ou d'un crédit. Il permet d'entrer dans certains dispositifs, mais le financement dépend toujours de plusieurs éléments :
vos revenus
votre situation professionnelle
votre épargne
vos crédits en cours
la composition de votre foyer
le bien acheté
et votre capacité à conserver un budget équilibré après l'acquisition
Être éligible sur le papier ne signifie pas encore que le projet est adapté à votre situation.
À Saint-Pierre, le marché n'est pas uniforme.
Le prix dépend du quartier, mais aussi de l'état du bien, de son étage, de son exposition, de la présence d'un extérieur, du stationnement, des charges de copropriété ou encore de la proximité du littoral et des services.
En 2026, les indicateurs disponibles situent le marché saint-pierrois autour de 3 200 à 3800 euros le mètre carré selon le type de bien, avec des écarts importants entre les secteurs et les prestations. Il faut donc considérer les montants suivants comme des ordres de grandeur, et non comme des prix automatiques. Les estimations publiées en juillet 2026 confirment cette forte amplitude.
Vous pouvez notamment rencontrer :
des appartements T2 autour de 180 000 à 285 000 euros
des appartements T3 autour de 220 000 à 330 000 euros
des maisons familiales à partir d'environ 330 000 à 400 000 euros, avec des prix pouvant dépasser 800 000 euros pour les biens les mieux situés, les plus grands ou les plus valorisés
Mais votre budget d'achat ne se résume pas au prix affiché dans l'annonce.
Il faut également intégrer :
les frais d'acquisition
les frais de garantie et de dossier bancaire
le coût du crédit et de l'assurance emprunteur
les éventuels travaux
les charges de copropriété
la taxe foncière
les frais de déménagement et d'installation
et surtout une épargne de sécurité après la signature
Un achat réussi n'est pas celui qui utilise toute votre capacité d'emprunt. C'est celui qui vous permet de devenir propriétaire sans fragiliser votre quotidien.
On entend souvent qu'il faut disposer de 10 à 20 % du prix du bien.
C'est un bon repère, mais pas une règle absolue.
Dans l'ancien, l'apport sert généralement à couvrir les frais d'acquisition, souvent estimés autour de 7 à 8 % du prix. Dans le neuf, ils sont habituellement plus faibles, souvent autour de 2 à 3 %.
Un apport supplémentaire peut aussi :
rassurer la banque
réduire le montant emprunté
améliorer les conditions du crédit
diminuer la mensualité
et préserver votre capacité à financer d'éventuels travaux
Exemple concret
Prenons l'exemple d'un T3 acheté 250 000 euros dans l'ancien. Il faut prévoir approximativement :
250 000 euros pour le bien entre 17 500 et 20 000 euros de frais d'acquisition, les frais bancaires et de garantie, puis, selon l'état du logement, une enveloppe pour les travaux et l'installation.
Un apport de 25 000 à 50 000 euros peut donner davantage de solidité au dossier. Mais certains financements restent possibles avec un apport plus faible, selon les revenus, la stabilité professionnelle, la gestion des comptes et la politique de la banque.
L'erreur serait donc de penser :
Je n'ai pas 20 % d'apport, je ne peux pas acheter.
La bonne démarche consiste à faire étudier votre situation avant de tirer cette conclusion.
Votre apport peut provenir de votre épargne personnelle, d'un plan d'épargne logement, de l'épargne salariale ou d'une aide familiale. Mais il est rarement prudent d'utiliser toute son épargne pour acheter.
Une maison ou un appartement réserve toujours des dépenses.
Mieux vaut les anticiper que les subir.
Le prêt à taux zéro
Le prêt à taux zéro, ou PTZ, est un prêt sans intérêts destiné à financer une partie de l'acquisition de la résidence principale.
Il ne finance jamais seul la totalité du projet. Il vient compléter un crédit immobilier principal et éventuellement d'autres prêts.
Depuis le 1er avril 2025, le PTZ a été étendu à tous les logements neufs sur l'ensemble du territoire, appartements comme maisons individuelles. Il est prévu jusqu'au 31 décembre 2027. Son montant dépend notamment :
des revenus du foyer
du nombre de personnes qui occuperont le logement
de la commune
du type de logement
et du coût de l'opération
Pour certaines opérations, la part financée peut atteindre 50 % du coût retenu dans les plafonds réglementaires. Pour une maison individuelle neuve acquise dans le cadre classique, les quotités sont toutefois plus faibles et s'échelonnent actuellement de 10 à 30 % selon la tranche de ressources. Les règles et quotités sont détaillées par l'ANIL.
Saint-Pierre se situe en zone B1 en 2026. Cette classification intervient dans le calcul des plafonds de ressources et du montant maximal pris en compte.
Attention cependant : à Saint-Pierre, le PTZ ne finance pas l'achat classique de n'importe quel logement ancien. En zone B1, il concerne principalement le neuf ainsi que certaines opérations spécifiques : transformation d'un local en logement, logement social, bail réel solidaire, location-accession ou travaux rendant le logement assimilable à du neuf.
Le type de bien doit donc être vérifié avant d'intégrer le PTZ dans votre plan de financement.
Le prêt d'accession sociale
Le prêt d'accession sociale, ou PAS, est destiné aux ménages dont les revenus ne dépassent pas certains plafonds.
Il peut financer l'achat ou la construction d'une résidence principale ainsi que certains travaux. Il peut aussi être complété, sous conditions, par un PTZ, un prêt d'épargne logement ou d'autres financements.
Le PAS n'est pas un prêt sans intérêts. Son taux est encadré, mais il faut comparer les offres en tenant compte du TAEG, de l'assurance et du coût total. Service-Public présente ses conditions.
L'APL accession ne doit pas, en revanche, être présentée comme une aide systématique. Elle ne concerne plus la majorité des nouveaux prêts et ne subsiste que dans des situations limitées.
Les dispositifs propres à La Réunion
À La Réunion, il existe également une aide à l'accession très sociale destinée à financer l'acquisition ou la construction d'un logement évolutif social, le LES, sous conditions de ressources et selon les caractéristiques de l'opération. L'ANIL recense ce dispositif local.
Selon votre situation, il peut aussi être utile d'étudier :
le prêt social location-accession
le bail réel solidaire
les éventuels prêts proposés par Action Logement
les programmes d'accession sociale commercialisés localement
Ces dispositifs ne concernent pas tous les acheteurs ni tous les logements. Leur disponibilité doit être vérifiée au moment du projet auprès de l'ADIL de La Réunion, d'un courtier, d'une banque ou de l'opérateur concerné.
La donation familiale pour l'achat d'un logement neuf
Jusqu'au 31 décembre 2026, un dispositif temporaire permet, sous conditions, l'exonération de certains dons familiaux en argent destinés notamment à l'achat d'un logement neuf ou en état futur d'achèvement.
L'exonération peut atteindre 100 000 euros par donateur et par bénéficiaire, dans une limite globale de 300 000 euros reçus par bénéficiaire. Les sommes doivent être utilisées dans les délais prévus et le logement doit respecter des conditions de conservation et d'occupation. Service-Public précise les règles de ce dispositif.
Avant toute donation, il est indispensable de consulter un notaire.
Une aide familiale doit être juridiquement et fiscalement encadrée. Elle ne se règle pas simplement par un virement et une bonne intention.
L'exonération de taxe foncière
Certains logements neufs peuvent bénéficier d'une exonération temporaire de taxe foncière, généralement pendant deux ans, avec des modalités qui dépendent notamment des décisions prises par les collectivités.
Des exonérations plus longues existent dans des cas particuliers, mais elles ne doivent jamais être considérées comme automatiques.
Avant d'acheter, demandez :
le montant prévisionnel de la taxe foncière
la nature exacte de l'exonération
sa durée
et la date à laquelle la taxe redeviendra intégralement due
Un avantage temporaire ne doit pas masquer une charge durable.
Le bon quartier n'est pas forcément celui que l'on préfère au premier regard.
C'est celui qui reste cohérent avec votre budget, vos déplacements et votre projet de vie.
Saint-Pierre centre — la proximité avant la surface
Le centre-ville convient aux acquéreurs qui veulent rejoindre facilement les commerces, les services, le front de mer et les principaux axes.
Pour un premier achat, l'appartement T2 ou T3 est souvent le format le plus accessible.
Le compromis se situe généralement dans la surface, le stationnement, le bruit éventuel et les charges de copropriété.
Avant de vous engager, il faut examiner les procès-verbaux d'assemblée générale, le montant des charges, les travaux votés ou envisagés et la situation financière de la copropriété.
Acheter un appartement, ce n'est pas seulement acheter un logement. C'est aussi entrer dans une organisation collective.
Terre Sainte — un cadre recherché et une offre plus contrainte
Terre Sainte attire par son identité, sa proximité avec le littoral, le centre hospitalier et le cœur de Saint-Pierre.
Le secteur peut convenir à un couple recherchant un T3, un T4 ou, avec un budget plus confortable, une petite maison avec extérieur.
La demande y est soutenue et l'offre parfois limitée. Le prix au mètre carré peut donc être plus élevé selon l'emplacement, la vue, l'état et le stationnement.
Il faut aussi regarder la réalité de la rue. À quelques centaines de mètres, le calme, l'accessibilité et les contraintes peuvent changer.
Bassin Plat — davantage d'espace, mais des déplacements à anticiper
Bassin Plat peut permettre de rechercher une petite maison ou un bien offrant davantage de surface qu'en centre-ville.
C'est une option intéressante pour les acquéreurs qui privilégient le calme, un extérieur ou une évolution familiale.
En contrepartie, il faut étudier précisément les temps de trajet, les accès aux grands axes, les transports, les services et la configuration du terrain.
Une maison plus grande n'est pas nécessairement une meilleure décision si elle impose chaque jour des déplacements lourds ou des travaux difficiles à absorber.
Grand Bois — un premier achat à étudier rue par rue
Grand Bois offre des configurations variées : appartements, petites maisons, biens avec jardin ou projets nécessitant des travaux.
Certains acquéreurs peuvent y trouver davantage de surface pour leur budget.
Mais il serait imprudent de considérer tout le secteur comme systématiquement moins cher.
À Grand Bois, comme ailleurs, la proximité de la mer, la vue, l'état du bien, les risques naturels, l'assainissement et la qualité des accès peuvent modifier fortement la valeur.
Le quartier se choisit donc sur le terrain. Pas uniquement sur une carte.
Trois exemples de projets
Un jeune actif disposant d'un budget de 200 000 euros pourra rechercher un T2 ou un petit logement dans les secteurs les plus accessibles. Il devra parfois arbitrer entre proximité du centre, travaux, stationnement et surface.
Un couple avec un enfant et un budget de 260 000 euros pourra envisager un T3, notamment en élargissant sa recherche autour du centre ou vers Grand Bois. La qualité de la copropriété et la proximité des trajets quotidiens deviendront prioritaires.
Un couple disposant d'environ 350 000 euros pourra commencer à étudier une petite maison à Bassin Plat ou dans un secteur périphérique. À ce niveau de budget, l'état du bâti, l'assainissement, les travaux et la configuration du terrain feront souvent la différence.
Ces exemples ne sont pas des promesses de disponibilité.
Ils montrent surtout qu'un même budget peut conduire à plusieurs stratégies.
Chercher immédiatement le bien parfait
Le premier logement n'a pas toujours vocation à répondre aux besoins des 20 prochaines années.
Vouloir tout obtenir — le bon quartier, trois chambres, un jardin, aucun travaux et un petit prix — peut conduire à repousser indéfiniment le projet.
Il faut distinguer ce qui est indispensable de ce qui serait simplement agréable.
Se fier uniquement à la mensualité
Une mensualité supportable ne signifie pas que le budget est équilibré.
Il faut ajouter l'assurance, les charges, la taxe foncière, l'entretien et les travaux futurs.
Je conseille toujours de raisonner en coût global, pas uniquement en remboursement bancaire.
Utiliser toute son épargne
Mettre la totalité de son épargne dans l'apport peut donner l'impression de renforcer le dossier.
Mais après la signature, il faut encore déménager, s'équiper, entretenir le logement et absorber les imprévus.
Conserver une réserve est une mesure de sécurité.
Acheter trop vite sous l'effet du coup de cœur
Le coup de cœur a sa place.
Mais il ne peut pas décider seul.
Une seconde visite permet souvent de regarder ce que l'émotion avait laissé de côté : le bruit, la luminosité réelle, le voisinage, les accès, les travaux ou la qualité de la copropriété.
La première visite fait ressentir. La suivante doit permettre d'analyser.
Négliger les documents et l'état du bien
Diagnostics, règlement de copropriété, procès-verbaux d'assemblée générale, taxe foncière, urbanisme, assainissement, risques naturels, devis de travaux : ces éléments peuvent sembler techniques.
Ils sont pourtant au cœur de la décision.
Un défaut identifié n'interdit pas nécessairement l'achat.
Un défaut mal compris peut en revanche déséquilibrer tout le projet.
1/ Définir votre budget réel
Faites étudier votre financement avant de multiplier les visites. Demandez une simulation intégrant l'apport, les frais annexes, les aides éventuelles et une marge de sécurité.
2/ Classer vos priorités
Notez séparément vos besoins indispensables, vos préférences, et les compromis que vous êtes prêt à accepter. Cette distinction évite de rechercher un bien qui n'existe pas dans votre budget.
3/ Comparer plusieurs quartiers
Visitez le centre, Terre Sainte, Bassin Plat et Grand Bois si ces secteurs correspondent à votre organisation. Faites également les trajets aux heures où vous les effectuerez réellement.
4/ Vérifier le bien et son environnement
Revenez à une autre heure. Écoutez les nuisances. Observez les accès, le stationnement, l'écoulement des eaux et le voisinage. Pour une maison nécessitant des travaux, faites-vous accompagner par un professionnel du bâtiment.
5/ Structurer le financement
Faites vérifier votre éligibilité au PTZ, au PAS, au LES, à la location-accession ou aux autres aides avant de déposer une offre fondée sur un montage encore incertain.
6/ Relire la décision dans son ensemble
Avant de signer, posez-vous une dernière question : « Est-ce que ce bien correspond seulement à mon envie d'acheter, ou réellement à ma situation ? »
C'est souvent là que se trouve la différence entre un achat rapide et une décision solide.
Devenir propriétaire à Saint-Pierre en 2026 reste possible avec un budget maîtrisé, un financement correctement construit et des compromis clairement assumés.
Le PTZ et les dispositifs d'accession peuvent faciliter certains projets.
Mais une aide ne transforme pas un mauvais achat en bonne décision.
Le bon projet est celui dans lequel le quartier, le logement, la mensualité et les frais à venir restent cohérents entre eux.
Mon rôle n'est pas de vous pousser à acheter parce qu'un bien est disponible.
Il est de vous aider à comprendre ce que vous pouvez faire, ce que vous devez vérifier et ce que votre décision impliquera réellement.
Nous pouvons définir ensemble votre budget, vos critères prioritaires et les secteurs les plus cohérents avec votre projet. Parce qu'un premier achat ne mérite ni improvisation ni précipitation. Il mérite de la clarté. Du cadre. Et une décision que vous pourrez pleinement assumer.
J'éclaire les décisions qui comptent.
Corinne Tollard · Guide stratégique · Conseillère immobilière
Sources : ANIL (conditions PTZ, dispositifs La Réunion) · Service-Public.fr (PAS, donation familiale) · estimations de marché publiées en juillet 2026.